J’ai donné à Copilote le travail d’un de mes étudiants et il m’a dit que c’était bien écrit mais qu’il y avait des passages douteux, des possibilités de plagiat il m’a aussi corrigé les fautes ! [propos rapportés approximativement]

Oh le beau retours des médisances méditions avec de si beaux sujets ! Oh la belle époque où on se pense malins dans nos utilisations de solutions dont nous sommes les produits ! Internet, laisse moi te raconter quelques échos de ma session d’hiver dernière.

Chose plutôt rare, j’ai récemment laissé en silence un courriel qui m’a été adressé, certes avec un forme de mépris (que je peux expliquer)1, vis à vis d’un homme m’expliquant à quel point l’IA2 pouvait être un outil pour aider les éditeurs… et c’est étrange parce que, comme il le constate, le milieu de l’édition québécoise semble réfractaire (voir Rapport de l’ANEL) et pourtant :

j’y vois un potentiel énorme et ce au niveau de plusieurs étapes du processus d’édition (du scouting à l’impression/réimpression).

Un potentiel pour qui ? pour faire quoi ? pour le faire comment surtout ?

Alors certainement les formes techniques peuvent être utiles pour automatiser : par exemple éviter le doublons dans le renseignements des métadonnées d’un ouvrage par l’équipe éditorial entre les différentes plateformes. Ce genre de développements de solutions techniques n’est pas nouveau (la BTLF en a fait son mandat), mais prenons le cas de la révision (qui en l’état passe principalement par les mains des assistances d’édition ou de pigistes).

Le but du travail éditorial sur le texte c’est principalement la lecture – la connaissance du texte – et la révision est une forme de lecture, c’est même la meilleure excuse pour avoir à lire le texte en vue d’accompagner son propos.

Il ne s'agit pas de corriger les fautes

Non, il ne s’agit pas tant d’orthographe, de conjugaison, de grammaire, sinon en effet, il serait simple de le déléguer à un filtre. Il s’agit d’accompagner et prendre attention à l’écriture. Sans aller trop dans le suggestif de la relation éditoriale, réviser un texte n’est pas étranger à une forme de connivence, à des manifestations d’orgueil, et des formes de sentiments de pouvoir. Il s’agit bien sûr d’une vision s’inscrivant dans mon expérience propre et que chaque personne qui révise peut venir contredire, préciser, extrapoler.

Par amitié ou implications éditoriales, il m’arrive encore souvent de réviser les textes de mes pairs, et certains qui ont été aux origines de ma formation universitaire. Je relis et révise encore à ce jour des textes de mon ancien directeur (et réciproquement) : en plus d’être une exercice confortable parce que je connais les points où son écriture achoppe, les mots où sa typographie foire (les chapines éditoriales), c’est un exercice symboliquement plaisant. En effet la révision est une forme de pouvoir sur le texte : une personne experte ou intime de son sujet voit son écriture corrigée, biffée, rayée, modifiée, questionnée par une autre personne experte d’un autre endroit. Il y a la satisfaction de participer à l’émergence d’un propos, à sa structuration littéraire, à sa maturation.

Réviser est impacter durablement 

Dans le cas de la révision de M.V.R., il y a de plus m’habitant le sentiment particulier de pouvoir corriger un professeur homme blanc à barbe, de pouvoir lui rendre, parfois avec malice, le traitement de l’apprentissage, de pouvoir dialoguer par l’écriture sous de nouvelles formes de collaboration.

Je reviens au premier écho (entendu d’une personne du corps professoral). Là-aussi la correction est une forme de lecture pour accompagner l’étudiant.e durant la session. Sans parler de la problématique jetée en pâture à des agents sans le consentement des travaux originaux d’étudiant.e.s (qui est un manquement éthique), comment fait-on un suivi si sont laissées de côté autant la relation de pouvoir que la forme d’accompagnement dans la révision et la correction ?

On néglige bien trop les sentiments de satisfaction cachés dans les tâches ingrates. Comme beaucoup peuvent l’avouer, j’ai moi aussi un amour transi pour les tâches répétitives, d’une orfèvrerie des signes à l’écran.

    procéder incessamment progressivement
    ligne par ligne au grès des vagues rouges 

    dénicher dans les traces les fautes comme des pépites non relevées par la houle 

Si je ne fais qu’éviter ma tâche, qu’ai-je à faire dans un texte qui n’est pas le mien ?

Laissez nous nos fautes pour que nous puissions sentir encore l’humanité de nos maux dysorthographiques pour sentir que dans les moments où l’esprit s’est emporté dans un argumentation filante, la langue faute et chute et vit

proter les chapines éditorilaes

  1. Je m’excuse cher monsieur, je ne vous répondrai pas. Il me semble que déjà à la lecture de votre courriel nous ne pourrons pas être plus en désaccord. Cordialement, MaMe ↩︎

  2. On ne sait pas ce que cela désigne ici mais certainement les agents conversationnels puisque c’est désormais la forme la plus connue parce que commercialisée largement. ↩︎