La nouvelle prof

Dernière modification : 15/01/2026

Prologue #

« Les premières années, c'est dur »
    (tout le monde)

Cela semble être d’accord unanime. Les premières années de prise de poste sont intenses. Il faut passer les 2-3-4-et encore premières années et après ça commencera à aller, ça ira. Mais c’est dur, oui c’est difficile. C’est pas fait pour tout le monde tout le monde dit.

Mais pourquoi ? 
    en quoi ? 
        que ? 
            et pourquoi pas plus de détails dans la bouche de personnes
                dont le métier est de savoir et de pouvoir répondre 

C’est ce que j’aimerai(s) me demander dans cette nouvelle série de posts du Carnet

parce que la thèse est finie  
    là on est ailleurs 
        là on est nouvelle prof 

Top départ #

En 2024, avril, 77 jours après ma soutenance, janvier, on m’annonçait, en une bonne nouvelle mais en demeurant sérieux, que je devenais prof. On me demandait aussi si j’acceptais.

j'imagine que oui 
    ça a dû être oui 

Depuis, depuis 77 jours après ma soutenance + 115 jours après l’annonce, je n’arrête pas de devenir professeure. Encore aujourd’hui où j’ai arrêté de compter mes jours de distances, je ne cesse de devenir mon propre métier.

#1. on s’apprend beaucoup pendant les premières années #

Cela m’apparaissait contre-intuitif avec l’idée d’une embauche : on vous embauche parce que vous êtes compétence, que vous pouvez faire le travail, que vous êtes qualification. Oui mais pour les tâches à venir, pour leur prise en main, autrement dit au futur ce que vous êtes. La nouvelle prof apprend à être professeure, apprend son métier, son propre poste pendant les premières années… combien ? personne ne le dit… tout cachant un peu qu’elle apprend aussi, qu’elle ne sait pas complètement, pas encore ou au futur de ce qu’elle sait maintenant.

pwd LUTTE_INTERNE

Je dois faire comme si je savais ce que je ne sais pas encore 
    ni ne saurais quand je saurai(s?)
    ou si je saurai(s?!) savoir

409 SERVOR CONFLICT

Ça force l’humilité et la patience mais c’est aussi craquant sous la dent des vers d’imposture.

un poste, c'est d'abord un patron
        trop grand ou serré par endroits
        rigide ou fantasmant des courbes idéales
            qu'une nouvelle prof doit retailler à sa propre mesure 
                tout en découvrant ses dimensions 

On apprend et taille sur les terrains de nos propres énergies pour savoir comment les disposer dans la courtepointe. Ce n’est pas en ayant été chargée de cours auparavant que je me connais comme professeure.

    je pensais que j'étais forteresse froide 
            une autruche sévère sur la peau de laquelle glissent les mauvaises perles
        pas une grenouille qui manque d'étouffer dans les coassements pris de doute

hélas

Naïvement, j’avais pensé, comme tous les autres, que ça serait différent de tous les autres. Et pourtant ils vous préviennent bien, sans vous apprendre, que ce sera difficile et cela ne fait que presser la larme lame des échos, alors

#2. on s’assourdit #

Autour et au travers de la nouvelle prof, le flot des conseils, commentaires, projections est bien là

    tu verras 
            les premiers cours sont jamais bons
    prépares-toi
            le syndrome de l'imposteur ne sert plus à rien 
    patientes 
            ça va être long 

Si j’avais un jour une nouvelle prof devant moi, mon conseil serait de ne pas en prendre même si cela semble pouvoir aider, parce que cela ne suffira pas à calmer la lutte contre soi, ses doutes et impostures de poste, son temps qui vire au visage dans le rouge, ses tâches qui rajoutent les lignes du cv sauf celle de rajouter les lignes au cv qui est une tâche que l’on délègue à d’autres.

Peut-être, peut-être seulement, que tous les dires « c’est dur, oui, c’est vraiment pas facile les premières années » sont en fait des témoignages à soi, à eux.

Il ne s'agit pas de vous.
    ni dans les commentaires d'e.
    ni dans les appréciations d'e.
    ni dans les retours d'e.

Cette série souhaite être autant sourde à ce sens commun qui accorde tout le monde, qu’attentive à ce que l’on tait et cache dans ce même sens commun.